présenté en français
Depuis un siècle, la figure du zombie a changé, s’est transformée, a évolué, s’est adaptée aux différentes cultures qui l’auront invoquée. Pour la culture haïtienne, le zombie aura été la figure cauchemardesque de l’esclavage, d’une servitude faisant de l’individu un simple pantin incapable même de s’arracher à sa condition par la pensée. Il aura aussi matérialisé cet étrange pouvoir, inspiré de la religion catholique, de ramener les morts à la vie. Il aura incarné, en Occident, la figure d’un châtiment divin et le retour des morts à la vie, la métaphore d’une inquiétude quant à un nouvel avatar de la mort – le sida – et la crainte des recherches sur la biotechnologie. Le zombie aura de même figuré l’inquiétude d’une époque, la nôtre, quant au sens de la mort. Le zombie, pour nous, aura été le monstre d’une certaine vacuité, voire d’une certaine fatigue de l’Occident.
Le zombie est figure d’inquiétudes – il représente nos craintes, ce que nous préférerions taire. C’est bien en cela qu’il se fait symptôme de ce qui taraude la conscience de notre époque. L’image – le cinéma, le jeu vidéo – n’est pas uniquement une fiction, un divertissement, elle est aussi la marque d’une époque, et en cela le moyen d’une analyse. Voilà pourquoi à côté d’une analyse du zombie comme produit typiquement commercial de notre époque, il importe aussi de l’appréhender comme un produit psychique : on y découvre alors quelques-unes des principales raisons de sa prodigieuse popularité actuelle.
Maxime Coulombe est sociologue et historien de l’art. Il travaille sur le rapport à l’image dans les sociétés occidentales. Il a notamment publié aux Presses universitaires de France : Le monde sans fin des jeux vidéo, PUF, 2010, et Petite philosophie du zombie, PUF 2012. Il termine actuellement un ouvrage portant sur la peur de la ressemblance en histoire de l’art, à paraître en 2015.